BaGua Zhang, littéralement « paume des huit trigrammes », est un des trois  arts martiaux internes chinois les plus connu, avec le Taiji Quan et le Xin Yi Quan.

Le Ba Gua Zhang fut fondé, selon certains, divulgué, selon d’autres, par Dong Hai Chuan (1797-1882) au XIX ème siècle. Comme pour le Taiji Quan, l’histoire de cet art martial est controversée, et les experts s’affrontent toujours pour établir la « véritable histoire » de la genèse de cet art. 

Au delà de ces querelles d’exégètes, le fait reste que Dong Hai Chuan transmit un art martial original, s’appuyant sur des déplacements en cercle, l’utilisation privilégiée de la main ouverte (Zhang) et non du poing (Quan), et sur une connaissance précise des principes de l’énergétique taoïste.

Aujourd’hui les écoles de Ba Gua Zhang  sont nombreuses et affichent souvent des différences de taille, voir de franches divergences. Elles conservent toutes cependant un facteur commun, véritable essence de l’art : la marche en cercle appelée Zhuan Zhang (« tourner les paumes »).

L’extrême diversité des écoles s’explique par le fait que Dong Hai Chuan n’enseigna que peu de techniques et uniquement à des disciples ayant déjà maîtrisé au moins un art martial. Son enseignement se bornait à la transmission de la marche en cercle, aux huit « paumes mères » et aux « simples et doubles changement de paume ». Il laissera par la suite chaque disciple trouver son propre style en s’appropriant librement l’enseignement du Ba Gua Zhang.

 

L’histoire de notre école et sa filiation

La filiation de notre école remonte à Shi Ji Dong (1836-1909), un des disciples de Dong Hai Chuan qui épousa la fille adoptive de celui-ci et accueilli chez lui son Maître et beau père à la fin de sa vie. Shi Ji Dong maîtrisait le Tan Tui (« jambe élastique », ou « jambe projectile ») avant sa rencontre avec la Ba Gua Zhang.

C’est un des élèves de Shi Ji Dong, Han Fu Shun, qui partit avec Dong Hai Chuan lorsque celui ci décida de parcourir la Chine pour perfectionner son art. La tradition de notre école fait remonter la forme que nous pratiquons à cette période, comme étant la synthèse de l’expérience du fondateur.

Han Fu Shun transmis par la suite l’enseignement à Wu Jun Shan. Celui ci enseigna au Centre National du Wu Shu. Il élabora, sur les bases du Ba Gua Zhang, des techniques de baïonnettes qui seront utilisées par l’armée chinoise lors de la guerre sino-japonaise. Cela lui a valu d’avoir sa tête mise à prix par les autorités japonaises ! Combattant redoutable, il était réputé pour son habileté martiale et son caractère « bien trempé ».

Au moment de la Révolution Culturelle, Jian Xun Pei, un des disciples de Wu Jun Shan, partit se réfugier au Yun Nan, qui, avec l’île de Taîwan, constituait alors une zone de refuge privilégiée pour les partisans de l’ancien régime.

C’est là qu’il transmit son art à Kunlin Zhang, notre Maître actuel. 

 

« You Shen » : Les spécificités de notre école

« You Shen » fait référence à l’attitude du corps pendant la pratique. Cette attitude est souvent comparée au corps du poisson qui nage ou du serpent qui glisse entre les mains.
On trouve facilement la traduction de « corps sinueux » dans la littérature. « You Shen » traduit essentiellement une extrême souplesse qui rend le corps « comme l’eau », à savoir sans prise à la force de l’adversaire et toujours capable de glisser sur l’adversaire pour le toucher sans s’opposer à lui.  

La pratique de notre école  s’articule autour de l’apprentissage d’une forme (enchaînement) se divisant en 8 duan (parties). Chaque duan est composé  de 8 zhang (paumes). Chaque zhang est un enchaînement « élémentaire » de techniques pratiqué de façon symétrique à droite et à gauche.

La forme est donc une conjugaison complexe de principes de mouvement et d’émission de la force. La complexité de la forme est destinée à éveiller l’étudiant au principe fondamental qui régit le Bagua Zhang, et dont la marche en cercle est le symbole : TOUT EST TRANSFORMATION.

La forme complète comprend donc 8×8 = 64 zhang, à l’image des hexagrammes du Yi Jing.

Chaque duan est associé à une « paume mère » qui clôt chaque zhang composant le duan (par exemple « la paume qui pousse » clôt chaque zhang du premier duan).

La forme, longue et complexe, requière plusieurs années d’études pour être assimilée dans sa totalité (un minimum de 5 ans pour les élèves les plus assidus). L’objet de l’étude de la forme est l’acquisition du principe de « You Shen », principe conjugué de diverses façon tout au long des 64 zhang.

Au milieu des « techniques sinueuses » de la forme, on trouve également de nombreux Fa Jing (sorties explosives de la force) conjugués suivants différents principes et dans différentes directions.

Essence de la pratique, la marche en cercle, clé de la transformation de la force de l’adversaire, permet entre autre :

–  l’assouplissement progressif de la taille et des hanches
–  l’amélioration de l’équilibre
–  la mise en place des chaînes musculaires nécessaires à l’utilisation de la Force
–  le renforcement du système tendineux et nerveux
–  le renforcement du Qi sans lequel l’utilisation de la Force resterait grossière et la vitalité défaillante
–  la centration de l’esprit « dans l’instant », condition sine qua non à la gestion d’une situation de combat

La marche en cercle de notre école se caractérise par l’utilisation d’une forme de paume peu répandue qui favorise l’émergence du « You Shen ». Elle se caractérise également par l’adoption d’un pas naturel, en posture moyenne (ni trop haute, ni trop basse). Bien que l’on conserve le principe de toujours poser le pied qui avance par la pointe, notre style n’a pas adopté le « long pas glissé dans la boue » qui caractérise la majorité des écoles. En effet, si ce pas est propice à renforcer le Qi dans les jambes, il n’est pas directement applicable en combat.